En ce moment

œuvre photographique dans l'expositionEn décembre 2016, François Cheval quittera la direction du musée Nicéphore Niépce. L’occasion de revenir sur vingt ans d’une politique d’acquisition originale en matière de photographie contemporaine. Le musée, lieu de conservation que d’aucun souhaiterait cantonner aux oeuvres d’art ancien, seul patrimoine « avéré », a assumé son rôle de soutien à la création.
Accueil d’artistes en résidences, constitution de corpus d’œuvres capables de donner une vision complète de la carrière d’un artiste, production de tirages sous la direction des photographes, projets artistiques dans la ville, ces choix ont ouvert les collections à une réflexion sur le monde et sur le médium, à travers l’œil expert de l’artiste.
Dans le modèle originel du musée Nicéphore Niépce, fondé par Paul Jay en 1974, le photographe et l’artiste ne font qu’un.
Le fondateur s’étant entouré de personnalités diverses, comme Philippe Néagu, André Jammes, Jean-Pierre Sudre, etc, il ressort de cette période une affirmation de la création photographique, nostalgique du savoir-faire, et une recherche de la vérité du média en tant qu’espace individuel de création. Et le cri d’amour poussé par Jean-Claude Lemagny sera repris dans les faits par Paul Jay : « Aimer charnellement la photographie. L’expression peut paraître bizarre. Mais je veux simplement rappeler que tout véritable amour est charnel ». La photographie relève avant tout du sensible.
On en parle comme d’un être aimé dont on décrit les qualités tactiles.
La « peau », la « chair » et la « matière », telle est la vérité d’une photographie humble, à l’écart du marché, de l’art contemporain et de ses concepts. On se méfie de la facilité du grand format, on soupçonne la couleur pour sa vulgarité. Bref, n’étaient invités au musée que les photographes porteurs d’une certaine morale. Véritable démiurge, le photographe contemporain, un auteur dans le sens plein du terme, était proche de l’alchimiste, si ce n’est de l’apprenti-sorcier.
Depuis 1996, au photographe tout-puissant a succédé la figure du photographe saisi par l’incertitude ! Vingt ans d’acquisitions contemporaines interrogent le médium inventé par Nicéphore Niépce. Il ne s’agit pas uniquement d’introduire de nouvelles esthétiques, chaque image et chaque série sèment le doute sur les présupposés de l’acte photographique. L’enjeu ne pouvant se limiter à l’entre-soi du milieu photographique, la collection a fait le pari d’une alternative aux images « vulgaires » du monde.
La collection contemporaine est un acte militant, une volonté farouche de s’opposer à l’entertainment, à la société du spectacle. Elle propose une suite de regards renouvelés de la part, non d’auteurs sacralisés, mais de professionnels de l’image, instruits des ruses du médium. En cela, les choix opérés de n’acquérir que des séries complètes, de les produire bien souvent, et d’affirmer des fidélités dans le temps dressent un tableau de la crise de la photographie et de sa possible régénération.

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Parution d’une photographie, extraite de la série « göteborg », dans l’Humanité du 30 juillet 2015.Page dans l'Humanité du 30 juillet 2015

Extrait de l'article

Retranscription de cet extrait :

Virginie Marnat Leempoels (née en 1970).

Göteborg, 2000.

Göteborg, les larmes des blondes. Qu’est-ce qui détermine, quelle est la cause apparemment liée au genre qui fait pleurer les filles… ?

Avec « Les blondes », Virginie Marnat s’interroge sur la nature des larmes, cet épanchement, dit-on, typiquement féminin. en vérité, les « Les blondes » installent un jeu de dupes original, un faux tête-à-tête à travers lequel les partenanires «traditionnels», l’homme et la femme, cherchent à se leurrer mutuellement, à se persuader, ou à s’illusionner, dans une situation où l’inattendu et la franchise n’ont plus leur place pour que la parole avance et que se résolve le mystère de l’incompréhension, les larmes deviennent les plus beaux indices du silence féminin.

François Cheval

Photo collection musée Nièpce

Journée d’étude

Vendredi 6 novembre 2015
Auditorium de Nicéphore Cité
Chalon-sur-Saône


Si Chalon-sur-Saône se revendique  » ville de l’image « , peu d’éléments, hormis bien-sûr le musée Nicéphore Niépce, inscrivent dans le paysage
la paternité photographique et ce lien avec l’image. Aussi, la ville a-t-elle réalisé une commande auprès d’une artiste fin 2013.

Le cahier des charges témoigne d’une volonté multiple : matérialiser la photographie dans l’espace urbain, mais aussi marquer l’aménagement et le renouveau d’un quartier (les Prés-Saint-Jean) et signifier l’intégration européenne de la ville (50e anniversaire du jumelage avec la ville anglaise de Saint-Helens).

Virginie Marnat Leempoels, a conçu, réalisé et installé l’oeuvre “ Numéro 17 ” en juillet 2014, à l’angle de la rue de Saint-Helens et de l’avenue Kennedy.

Derrière la formulation assez simple  » installer durablement la photographie dans l’espace urbain « , différents enjeux sont questionnés :
– Loin de l’espace du musée, minutieusement aménagé pour l’accueil du public et l’exposition, quelle place prend une oeuvre dans la ville? Cet espace est-il partagé et public? urbain ? ou simplement extérieur ? A qui appartient-il juridiquement, mais bien plus, symboliquement ? Quels en sont les usages ? Comment le vit-on ?
– Quelle forme proposer ? Un affichage ? Un monument ? Une intégration à l’espace existant ?
– Peut-on parler de photographie durable dans l’espace urbain ? Si les artistes, les festivals imaginent des formes d’investissement temporaires (collages, bâches, panneaux d’affichage…), la pérennité impose une autre réflexion sur le rapport à l’espace, à la forme et à la technique.

– Désormais, la  » participation  » des habitants est revendiquée. Comment comprendre cette notion ? Pourquoi faut-il que les habitants participent ? S’agit-il d’information, de contribution, de codécision ? Comment l’envisager dans un projet artistique urbain ?
– Enfin, ces initiatives sont principalement portées par les décideurs publics. La commande émane du pouvoir politique. La participation des habitants ne devrait-elle pas également interroger cette prise de décision ? N’y a-t-il pas un autre rapport à l’art et sa commande à inventer dans la cité ?
La journée s’articulera autour de récits d’expériences artistiques et d’analyses de ces questions.

9h15

Accueil des participants

9h45

Introduction
François Cheval, conservateur en chef du musée Nicéphore Niépce, directeur des musées de Chalon-sur-Saône

10h

La question de l’espace à investir et de ses usages :
public ? urbain ? extérieur ?
La participation : nécessité ? formes ?
Joëlle Zask, philosophe
Je propose dans mon intervention de mettre en évidence les ambiguïtés et difficultés de la notion d’espace public et de distinguer cette notion de celle de lieu public. Appliquée à la photographie, cette distinction pourrait nous permettre d’interroger au plan esthétique et politique la présence des photographies dans notre environnement, dehors. Car à l’évidence, ce dernier est d’ores et déjà saturé d’images qui pour la plupart expriment le business, la manipulation, le pouvoir. Les photographies dites « d’art  » ou « d’artiste  » doivent-elles ou peuvent-elles s’en distinguer ? Et si oui, selon quels critères ?

11h15

Départ en bus pour les Prés-Saint-Jean

 

11h30

Découverte in-situ de l’oeuvre de
Virginie Marnat Leempoels & apéritif

12h30

Retour en bus vers le centre-ville
et repas libre

14h

Récits d’expériences artistiques et réalisations :
Commande, cahier des charges, démarche, site, forme, méthode et analyse
Virginie Marnat Leempoels, artiste
“ Par la photographie : la question de l’image ” :
Mon intervention sera basée sur l’expérience d’une commande, intitulée “ Numéro 17 ”, réalisée et installée en 2014 dans le quartier des Prés-Saint-Jean à Chalon-sur-Saône, ainsi que sur l’évolution générale de mon travail, indissociable de ce contexte. J’en exposerai les conditions et spécificités. J’aborderai ensuite les questions artistiques qui se sont posées au cours de cette réalisation.

15h

Patrick Tosani, artiste
“ L’échelle de l’image dans l’espace public ” :
Architecture et photographie :
un espace d’expérimentation et de
validation d’une image photographique ; description de quelques projets.

 

16h

Une nouvelle approche de la commande artistique :
les nouveaux commanditaires
Xavier Douroux, directeur du Consortium, Dijon, porte-parole de la société des nouveaux commanditaires, section française
Pour plus d’images : un visage de la photo  » utile  » dans l’espace commun :
Quelques exemples tirés de l’expérimentation des nouveaux commanditaires… Ou parfois comment redonner de la place à l’image  » publicitaire  » dans l’espace pragmatique de la vie urbaine ou rurale.

17h

Conclusion
François Cheval, conservateur en chef du musée Nicéphore Niépce, directeur des musées de Chalon-sur-Saône